Des professionnels en BTP de plus en plus touchés par l’amiante

Malgré l’interdiction de l’usage de l’amiante en 1997, l’effet différé de 30 à 40 ans entre la première exposition et la survenue d’un cancer de la plèvre nommé "mésothéliome", augmente en France. L’agence nationale Santé Publique France évalue à 1 100 nouveaux cas annuels parmi lesquels les femmes sont de plus en plus touchées. Elle vient de publier un rapport après 20 ans d'études.

Afin de contenir la progression de cette maladie rampante, un Programme national de surveillance des mésothéliomes (PNSM) pleuraux a été mis en place en 1998. Santé Publique France vient de publier un rapport et constate que chez les hommes, les expositions professionnelles prédominent encore, mais restent stables.

Des métiers prédisposés de plus en plus larges

Pourtant, l’organisme relève un facteur nouveau : les métiers exposés se transposent. Les professionnels utilisant et transformant l’amiante étaient jusqu’ici les plus prédisposés. Aujourd’hui : les personnes œuvrant sur des matériaux contenant ce type de silicate sont également concernés.

L’évolution des déclarations de mésothéliomes pleuraux chez les femmes s’avère particulièrement préoccupant, d’après cette étude : elles ont doublé en 20 ans pour atteindre 310 cas par an.

1 femme sur 3, en risque, en dehors du travail

Le PNSM relève que 35 % d’entre elles sont exposées en dehors de leur travail. Elles le seraient parce qu’elles vivent au côté de personnes en contact avec l’amiante. « Des analyses portant sur la proximité des lieux de vie fréquentés par les sujets à des sites industriels ou naturels potentiellement exposés à l’amiante sont en cours », nous rapporte Santé Publique France. Sachant que les disparités régionales sont fortes. La portée de cette tumeur est d’autant plus grande dans le nord, le nord-ouest et le sud-est. L’Occitanie et la Bourgogne-Franche-Comté s’avèrent moins touchées.

Les professionnels en BTP très concernés

La proportion des personnes atteintes de mésothéliome pleural ayant exercé une activité dans le secteur du BTP est en augmentation constante depuis le début de l’étude (1998). Elle a atteint 50 % en 2016. « Une exposition professionnelle à l’amiante est retrouvée de manière probable ou très probable chez 97 % d’entre eux », note Santé Publique France. Elle est détectée dans 84 % des cas ayant pratiqué un emploi dans le bâtiment et les travaux publics après l’interdiction de l’amiante, soit 1997. En moyenne, entre 1998 et 2016, 836 cas de mésothéliome ont été détectés chaque année chez des personnes ayant exercé au moins un emploi dans le BTP,  le diagnostic est porté à 70,4 ans. L'exposition a duré 29,7 ans et elle a démarré à 19,2 ans.

Étant donné que l’assiette des personnes sujettes à développer un mésothéliome pleural grandit, l’agence nationale de santé publique préconise de renforcer les actions dans ce secteur (parmi lesquelles le retrait de l'amiante des établissements publics). Un Dispositif national de surveillance des mésothéliomes (DNSM) prend bientôt le relai du Programme national de surveillance des mésothéliomes. Il portera quatre objectifs : le renforcement des connaissances épidémiologiques sur les mésothéliomes, la mesure des retombées de l'information dispensée par les enquêteurs et le resserrement des partenariats avec la recherche. Ces trois piliers permettront en 4e point, espère l'organisme, de mieux prévenir du risque de l'amiante au sein des populations exposées.

Le DNSM sera doté, à terme, d’un guichet unique national d’identification des cas de mésothéliomes à l’échelle nationale, d’un registre des pathologies suivant leurs localisations anatomiques. Un dispositif d’enquêtes d’exposition sera progressivement installé sur tout le territoire.

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