De l’apprentissage et du dialogue

Appuyés par la réforme de l'apprentissage engagée depuis début 2019, les professionnels sentent peu à peu les lignes de la formation bouger en leur faveur. Le Club Seimat profite de cette période propice pour rappeler ses fondamentaux et en explorer de nouveaux. 

Les courbes du chômage en France ne parviennent pas à fléchir sous la barre des 2,4 millions de personnes or, les métiers de la maintenance en matériels de construction manquent cruellement d’hommes et de femmes. Travaillant sur ce paradoxe depuis des années, Philippe Girard, président du Club Seimat, entrevoit toutefois une évolution : « Depuis 2 à 3 ans, les entreprises de BTP montrent une vraie volonté de changer », multipliant les actions pour mieux faire connaître leurs besoins en recrutement.

4 leviers majeurs

La clé de voûte du développement du métier de mécanicien-technicien dans le BTP repose sur quatre actions majeures, selon le président du Club Seimat : interagir, démontrer, réformer et faciliter. Les échanges entre les organismes de formations publics et privés, puis entre les écoles et les entreprises, représentent l'épine dorsale du développement à venir. « Nous encourageons les élèves à nous rendre visite dans les ateliers, accompagnés par le corps enseignant – incluant les matières générales, explique Philippe Girard. Il apprendrait également beaucoup sur nos méthodes de travail, savoir-être et savoir-faire. Si les profs venaient régulièrement, même sans leurs classes, ils pourraient leur parler très tôt de nos métiers de façon précise et attractive. Les jeunes se font généralement une première idée de leur projet professionnel lors de leur stage de troisième. »

Le Club Seimat s'évertue, parallèlement, à montrer des exemples, au travers d'Internet, à l’instar de concours, tels que Je filme le métier qui me plaît, où une catégorie permet à toute personne de présenter son projet. Les finales des Olympiades des Métiers se déroulant à Lyon en 2020 et 2023 ouvriront par ailleurs un formidable tremplin communicationnel pour les métiers du BTP en général. De plus en plus d’initiatives, telles que des portes ouvertes ou des partenariats entre établissements scolaires et entreprises, sont menées.

Pour le métier manuel retrouve de la noblesse
Au-delà d'appréhender le métier sur le plan technique, l'apprentissage permet d’apprendre le savoir-être.

Au-delà d'appréhender le métier sur le plan technique, l'apprentissage permet d’apprendre le savoir-être.

Au travers de la réforme de l’apprentissage, le ministère de l’Éducation nationale va aider, de son côté, les professions manuelles à retrouver du prestige. Cette réforme sera mise en place progressivement, mais d’ores et déjà, le fait de simplifier les conditions d’accès, faciliter les ruptures de contrats et améliorer le financement devrait accroître le nombre de candidats. « Au-delà d'appréhender le métier sur le plan technique, l'apprentissage permet d’apprendre le savoir-être », souligne Philippe Girard, pour qui cette dernière valeur est presque plus importante que les compétences.

Adossée à la réforme, la collecte de la taxe d’apprentissage va, elle aussi, évoluer. Des opérateurs de compétences (Opco) la recouvrent depuis janvier et ce, jusqu’en 2021 où les Urssaf prendront le relais en répartissant les sommes en fonction du nombre de contrats d’apprentissage ouverts dans les centres de formation. Les régions ne seront donc plus concernées par la collecte. « Toutes ces mesures vont dans le bon sens, encourage Philippe Girard. Nous rapprochons le bien-être du salarié de celui de l’entreprise. »

Mais des freins persistent

Pourtant, des verrous comme l’hétérogénéité des contacts d’entreprises entre les différentes écoles ou encore le manque d’outils des professeurs pour motiver leurs classes restent à débloquer… Sans évoquer le problème de mobilité : « Les jeunes sont moins enclins à déménager qu’à l'époque de nos grands-parents. L’éloignement des centres de formation ou lieux de travail du domicile les freine souvent, constate le président. Par ailleurs, nous réfléchissons, avec les enseignants, à la création d'une liste d’informations pratiques. À l’ère des plateformes communautaires proposant transport et logement à moindre coût, nous devrions y arriver ! »

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