L’ESITC de Caen “expérimente” son éco-pavé drainant issu de coquillages

La reprise de l’activité des travaux publics fait ressentir ses — bonnes — ondes jusque dans les écoles. En témoigne l’extension en septembre dernier de l’école supérieure d’ingénieurs spécialisée dans les métiers du bâtiment et des travaux publics, l’ESITC de Caen, l’une des trois existantes en France avec Cachan, dans le Val de Marne et Metz en Moselle. « Avec le doublement de notre surface utile, soit 3 500 m2 supplémentaires, nous envisageons former de 450 élèves aujourd’hui à 750, d’ici 2022 », déclare Jérôme Lebrun, directeur de l’ESITC normande. Une augmentation qui tombe à pic étant donné les projections de besoins en conducteurs de travaux, par exemple. La Fédération Française du Bâtiment, partenaire de cette école privée , en prévoit entre 4 600 et 4 700 par an, soit 60 % en plus qu’aujourd’hui.

Fondus à l’intérieur de la première journée d’accueil de J’Nov (Journées des Métiers et de l'Innovations du BTP) vendredi, nous avons découvert l’antre du pôle recherche de l’école. Certes, l’établissement arme en théorie et pratique jusqu’à 450 ingénieurs BTP par an, elle dispose en plus d’un laboratoire spécialisé en éco-matériaux de 1 260 m2. « Nous sommes l’une des rares écoles privées à dispenser une formation en « construction durable » et en apprentissage du langage et utilisation de la « modélisation des données du bâtiment » (BIM) », souligne Jérôme Lebrun.

Aujourd’hui, peu de professionnels le remettent en cause. Le triptyque : « révolution numérique », « transition énergétique » et « préservation des ressources naturelles » modifie l’ingénierie des chantiers, leur appréhension et leur réalisation.

Et dans ce dernier domaine, les PME et start-up bouillonnent d’idées. Notre focus aurait pu se porter sur la bio-façade composée de micro-algues développée par XTU ou sur l’impression 3D d’objets en béton d’XTreeE mais l’ESITC a aussi développé, en collaboration avec ses élèves et financé en partie par l’Union Européenne, un éco-pavé drainant issu de pétoncles, Saint-Jacques et crépidules, co-produits coquilliers tapissant généreusement les côtes normandes. « Ces éco-pavés composés pour moitié de broyats de coquillages remplaçant les granulométries 2/4, 4/10 et 4/16, sont mélangés à du granulat naturel et du ciment. Le matériau obtenu bénéficie d’une porosité permettant d’absorber 20 à 30 % des précipitations en l’espace de 20 secondes », précise Mohamed Boutouil, directeur de la recherche de l’ESITC-Caen.

Les observations de l’application-test menées au pied de leurs fenêtres, sur une parcelle de 170 m², ont décidé l’école et ses partenaires universitaires et industriels (université de Caen Basse-Normandie, Slipper Limpet Processing, Granvilmer, Veolia Propreté, Point.P) de passer à l’étape suivante : l’expérimentation sur des chantiers urbains, en conditions réelles.

« Vu que nos recherches en laboratoire et les tests de production en usine ont été concluants, il nous faut désormais analyser la perméabilité hydraulique et éprouver la résistance mécanique des « éco-pavés » drainants sur le terrain, dans différentes conditions d’utilisation et d’hydrologie urbaine », indique Mohamed Boutouil. Trois chantiers expérimentaux vont être réalisés d’ici 2018, dans le cadre d’un nouveau projet de recherche, baptisé VecopExp. Le premier est en cours dans l’enceinte de l’ESITC caennaise, « les deux autres expérimentations devraient démarrer en 2018. L’industrialisation se profile chez Alkern », conclut le directeur.

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