L’ESITC de Caen se dote d’un canal à houle tout en verre

La science des vagues renferme encore bien des secrets. Changement climatique, mutations démographiques et économiques... Bon nombre de paramètres menace le fonds de la carte côtière française. L'ESITC de Caen entend mieux étudier ses mécanismes naturels par le biais de son futur canal à houle. Ses premiers essais sont attendus en juin.

Considérée comme une conséquence du réchauffement climatique, l’élévation du niveau de la mer pourrait atteindre près d’un mètre d’ici 2100, estime le Giec*. Une information préoccupante, étant donné qu’au fil de ses rapports scientifiques, les proportions ont tendance à s’accroître. S’étendant sur 600 km de côtes, la Normandie et ses  3,5 millions habitants, a de quoi s’inquiéter : elle fait vivre deux grands ports au Havre et à Rouen dont l’activité résonne dans toute l’Europe.

Autant de facteurs qui a décidé l’ESITC de Caen — école d’ingénierie du BTP — de mettre au point avec le Cerema**, la Direction générale de la prévention des risques et la Direction générale des infrastructures des transports et de la mer*** un canal à houle à l’intérieur de sa propre enceinte.  

Unique par sa profondeur et sa composition en verre

« En France, ils se comptent sur les doigts de deux mains, expose Philippe Sergent, directeur scientifique du Cerema. Mais les canaux à houle sont primordiaux pour comprendre les phénomènes complexes qui conditionnent les évolutions du littoral et la stabilité des structures soumises aux sollicitations marines. Nous en manquons ».

Complétant les canaux à houle de petite profondeur, les plus couramment utilisés en France, celui de l’école caennaise, le deuxième plus long de France (derrière celui d’EDF à Chatou, dans les Yvelines) se distingue en deux points majeurs :

  • sa profondeur de 1,20 à 1,50 m
  • ses parois composées à 100 % de silice. elles mesurent 40 m de long
Comprendre les vagues pour mieux construire
Guillaume Carpentier est le directeur du canal à houle dont l'inauguration aura lieu à Caen en juin 2018.

Guillaume Carpentier est le directeur du canal à houle dont l'inauguration aura lieu à l'université de Caen (Epron, dans le Calvados) en juin.

Car ce futur canal à houle, d’une largeur d’un mètre, d’une capacité de 50 m³ d’eau par étude, permettra avant tout de développer la recherche, en appui de celle menée par le M2C de l’université de Caen (Calvados). « Il complétera les connaissances apportées par les deux plus petits canaux à houle de Caen déjà en place », précise Guillaume Carpentier, directeur du futur canal à houle (en photo). Il permettra la calibration de modèles numériques, par exemple. Les simulations de conditions météorologiques reproduites dans le dispositif permettront aussi aux scientifiques de mieux comprendre l’influence des fonds marins sur la nature des vagues ou celle de la bathymétrie (les variations de fonds). Car effectivement, le mouvement des vagues peut expliquer en partie certains phénomènes d’érosion de façades, l’usure de fondations. Une meilleure compréhension de leur science peut nous faire améliorer nos méthodes de construction.

En tous les cas, c’est l’objectif majeur de cette initiative. Proposant depuis sa création en 1993 un mastère spécialisé « experts en ouvrages maritimes et portuaires » à l’intention de futurs ingénieurs, l’ESITC s’est posé en tant que partenaire logique. En juin, le canal à houle sera opérationnel dans son enceinte. En finançant le tiers**** (100 000 €), l’école en endossera la maîtrise d’ouvrage, dans le cadre d’une convention conclue pour une durée de 15 ans.

GIEC : groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
** Cerema : centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement
*** La DGITM dépend du ministère de la Transition écologique et solidaire
**** Le coût total du projet est estimé à 300 000 € dont le financement est reparti au tiers entre l'ESITC de Caen, le Cerema et la région Normandie.

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