L’équipe de Charier est “Bim Ready”

À Nozay, dans l’agence Routes et travaux urbains de l’entreprise Charier, les systèmes Bim sont en passe d’être utilisés au quotidien sur les chantiers. Leurs avantages en matière de collaboration avec d’autres métiers y sont regardés de près.

En sa qualité de responsable des études de l’agence Charier de Nozay (Loire-Atlantique), Nicolas Bernier ne peut que s’intéresser à la révolution du Bim. Avec son effectif de 53 personnes répartis en sept équipes, l'agence intervient sur tous types de chantiers de terrassement et de VRD sur le nord de la Loire-Atlantique. Tantôt elle réaménage des centres-villes, tantôt elle construit des zones d’activité ou des lotissements. « La force de l’entreprise est de réaliser des petits travaux chez les particuliers comme des aménagements routiers de plusieurs millions d’euros », explique Nicolas Bernier. L’un des chantiers les plus emblématiques fut, il y a quelques années, la réhabilitation de 65 km de voies ferrées abandonnées destinées à accueillir le tram-train Nantes-Châteaubriant.

Anticiper le jour où le Bim sera une obligation

Si, comme il le reconnaît bien volontiers, le Bim ne présente pas encore un intérêt à première vue pour les chantiers de VRD, le responsable des études préfère anticiper le mouvement en s’équipant d’outils, en formant les équipes et en maîtrisant le vocabulaire. Il sait en effet que les maîtres d’ouvrage se penchent de plus en plus sur le processus et que lorsque les appels d’offres sortiront en Bim, il sera trop tard pour se former.

La gestion d'un projet (tel que cette piste de kart réalisée par Charier) en Bim peut éviter des surprises au moment du chantier.

La gestion d'un projet (tel que cette piste de kart réalisée par Charier) en Bim peut éviter des surprises au moment du chantier.

En attendant cette échéance, Nicolas Bernier est plutôt à l’aise avec le sujet. Ce diplômé de l’IUT de Génie civil-Construction durable de Saint-Nazaire a assisté à l’émergence de la discipline depuis le tout début de ses études. « En 2000, quand j’ai fait ma première année de DUT, nous apprenions toutes les techniques de dessin au crayon, Rotring, règle... L’année suivante, les tables avaient toutes été supprimées et remplacées par des PC équipés d’Autocad », se souvient-il. En fait, l’établissement d’enseignement ne faisait qu’accompagner un mouvement qui, depuis le milieu des années 1980, avait vu l’ensemble des bureaux d’études, cabinets de géomètres et maîtres d’œuvre s’équiper en moyens de CAO et DAO (conception et dessins assistés par ordinateur).

Un échange précis d’informations

Une fois, son diplôme en poche, Nicolas Bernier a pu approfondir son expertise en informatique de conception au poste de formateur-démonstrateur chez Geomensura, l’éditeur nantais de logiciels de conception d’infrastructures. « À ce moment-là, personne ne parlait de “Bim”. Les logiciels des bureaux d’études ne prévoyaient pas la collaboration entre les métiers. Ils offraient une grande précision aux projets, mais les entreprises étaient obligées de scanner des plans papier pour réaliser les métrés et les cubatures. Entre les deux étapes, des informations étaient perdues et cela entraînait des risques de malfaçon et de dépassements des coûts », explique-t-il.

Le Bim permet d'anticiper des conflits entre deux lots.

Le Bim permet d'anticiper des conflits entre deux lots.

En introduisant une notion d’objets en trois dimensions associés à des informations, le concept Bim, qui vient de l’industrie, a intéressé le monde de la construction pour satisfaire en premier lieu des besoins en maintenance. Ensuite, sa grande avancée a été de rendre possible les échanges de données sans perte d’information. « Par exemple, reprend le responsable, en VRD, un regard d’assainissement peut être renseigné comme un objet graphique auquel sont associées une cote de fil d’eau et une autre du projet fini, mais aussi des informations sur sa nature ou la classe de résistance du tampon. »

Des collaborations efficaces

Ce sont les possibilités de collaborations entre différents métiers qui ont conduit l’entreprise Charier à s’intéresser à ce type d’outils. Depuis deux ans, les appels d’offres sur des chantiers importants de TP impliquent de plus en plus l’utilisation de méthodes Bim. « L’entreprise est également présente dans le génie civil et les travaux maritimes, indique Nicolas Bernier. Son bureau d’études travaille sur maquette numérique avec des logiciels de conception type Revit ou Tekla. L'agence Routes et travaux urbains étant parfois amenée à travailler avec les équipes du génie civil, les méthodes issues du travail collaboratif Bim nous permettent de communiquer entre métiers tout en n’utilisant pas les mêmes logiciels de modélisation. Alors qu’auparavant, il nous fallait revenir à un état de dessin pour visualiser des conflits entre métiers, désormais, chacun a accès à la totalité de la maquette numérique. Il est possible de vérifier ses propres lots ainsi que ceux en interaction avec les nôtres. »

La prise en compte des objets d'un projet dans des formats standardisés permet de les transmettre sans perte d'information d'une étape à l'autre.

La prise en compte des objets d'un projet dans des formats standardisés permet de les transmettre sans perte d'information d'une étape à l'autre.

Ce travail collaboratif implique la mise en place de règles communes. « En plus des CCCAP et des CCTP, les cahiers des clauses administratives et des clauses techniques particulières, les maîtres d’ouvrage définissent dans leurs appels d’offres une convention Bim donnant les règles à suivre pour chaque intervenant », précise Nicolas Bernier. Le document stipule notamment que chaque logiciel utilisé doit être capable d’exporter des fichiers en format standardisé IFC (industry foundation classes) lisible par les différents systèmes. Il définit aussi le LOD (level of detail), c’est-à-dire la précision à fournir à chacune des étapes du chantier, depuis le dossier d’appel d’offres jusqu’à la maintenance de l’ouvrage en passant par la phase d’exécution. « Le Bim nous a appris quel fichier utiliser pour travailler en mode collaboratif », ajoute le responsable des études. Ce type d’échange entre acteurs différents présente l’avantage d’offrir de la réactivité. « Ainsi, conclut-il, sur un chantier de terrassement, un matériel peut lui-même générer de la donnée et la transmettre au géomètre qui, à son tour, lui adressera de nouvelles données de guidage. »

Photo d'ouverture ©Bernard Serpantié : Nicolas Bernier, responsable des études de l’agence Charier de Nozay (à gauche) et Constant Charier, directeur projets et actionnaire de l’Entreprise Charier, se sont engagés dans une démarche d’expérimentation du Bim. 

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