Une déconstruction Legendre tout en délicatesse

Il est l’un des premiers à avoir retrouvé ses compagnons Legendre Île-de-France depuis l’annonce du confinement... le chantier de la rue des Graviers est en passe de transformer un immeuble des années 1960 en un ensemble de bureaux ultramodernes de 11 000 m². Une gageure lorsque près de 90 % des planchers sont conservés.

L’Arche de la Défense dans le dos, au sommet de leur édifice en travaux, les compagnons distinguent l’Arc de triomphe face à eux. À leur droite, l’architecture transparente de la Fondation Louis-Vuitton se détache. Vue imprenable au-dessus de la réputée avenue Charles-de-Gaulle. Ils étaient prêts depuis le 27 avril et n’attendaient plus que le feu vert du coordonnateur SPS du chantier pour reprendre leurs opérations interrompues le 17 mars. « Le confinement, ce n'est pas fait pour nous », première remarque échappée d’un masque alors que nous franchissons le tourniquet d’entrée, rue des Graviers à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

Revenus progressivement depuis le 4 mai, les 52 compagnons de gros œuvre employés par Legendre Construction IDF, l’entreprise générale missionnée pour la réhabilitation de cet immeuble de huit étages des années 1960, ne sont pas fâchés de rechausser leurs bottes de sécurité et de rendosser leurs tenues, quitte à fermer les yeux sur l’inconfort provoqué par le port journalier du masque. Ils y sont habitués maintenant. Ils composent avec depuis plus d'un mois. Parmi la cinquantaine de chantiers franciliens en cours pour la division Île-de-France de Legendre Construction, celui rue des Graviers et avenue Charles-de-Gaulle est l'un des premiers à avoir repris.

Les compagnons ne pourront rattraper les jours suspendus, mais ils s’efforcent de réduire leur retard dans leurs quatre zones de travail réparties dans deux bâtiments – le plus haut culminant à 27,36 m – et leurs sous-sols. Deux parties, l’une à l’angle des deux artères, l’autre au centre de l'immeuble, sont particulièrement délicates. Elles renferment deux noyaux entourés de poteaux-poutres centraux contenant les escaliers et les ascenseurs, que les compagnons doivent démolir. Ils ont reçu pour mission de déconstruire à peine 10 % des planchers, soit 1 890 m² sur les 19 676 m² que totalise l'édifice.

Des étais indispensables mais gênants
La création de ce noyau duplex implique une stricte coordination entre les tâches.

La création de ce noyau duplex implique une stricte coordination entre les tâches.

« Il nous faut, en reconstruisant ces noyaux centraux, leur adjoindre des voiles pour permettre des contreventements et éviter d’éventuels mouvements horizontaux, explique Paul Deslandes, conducteur de travaux pour la partie réhabilitation de la superstructure. Alors que nous démolissons les étages en simultané selon la méthode du top and down dans le noyau le plus avancé actuellement, il nous faut poser des étais pour reprendre les charges et les diffuser en dehors de nos espaces de travail. » Cette tâche impose un cadencement très scrupuleux dans la mesure où tant que les étages supérieurs ne sont pas consolidés, les étais inférieurs ne peuvent être retirés. « Ils nous obligent donc à laisser des zones en suspens et à multiplier des calculs de forces préalables très fins », explique le conducteur de travaux.

Dans les deux sous-sols, Legendre a réalisé que le niveau des fondations descendait plus bas que ce qu'indiquait les plans initiaux.

Dans les deux sous-sols, Legendre a réalisé que le niveau des fondations descendait plus bas que ce qu'indiquait les plans initiaux.

Au niveau des sous-sols 1 et 2 où les parkings sont en train d’être réaménagés, le sous-œuvre se déroule, pour sa part, selon un schéma différent de celui que Legendre avait imaginé au départ. Le cahier des charges de la maîtrise d’ouvrage Gecina demandait initialement d’abaisser les fondations de 1,30 m, mais l'entreprise a découvert, à mesure qu’elle creusait, un massif en gros béton, c’est-à-dire non ferraillé, 2,50 m plus bas. Il lui faut finalement approfondir les sols d’environ 1,20 m supplémentaires. « Onze poteaux sont concernés par cette différence de niveaux. Nous avons décidé de répartir les charges en procédant au chevalement de ceux de la zone. Les fondations des murs périphériques seront abaissées, parallèlement, par passes alternées de 2 m afin de reprendre les charges sous les semelles filantes et isolées », détaille Matthieu Bonnet, conducteur de travaux pour la partie réhabilitation de l’infrastructure. À ce jour, un quart de cette section, l’une des plus complexes en cours, a été avancé. Elle devrait être finalisée mi-juillet. À ce moment-là débutera, au sein des parties majeures, la construction d’un jardin sur une dalle de 800 m².

Plus globalement, Paul Deslandes évalue au deux tiers la progression de l’ensemble, sachant que la période la plus aiguë se joue maintenant : « Nos interventions dans les sous-sols et les rez-de-chaussée sont les plus lentes et pointilleuses, mais une fois passé le premier étage, les compagnons entreront dans un cycle de travail plus linéaire. Les reprises de charge à mesure du retrait des étais ne seront plus si problématiques. »

Le calendrier émis en janvier prévoyait une finalisation du gros œuvre en juin, mais Legendre Île-de-France sait que cette échéance ne pourra être tenue. « Nous devrions décaler la date de fin du gros œuvre de sept semaines, correspondant à la période d'arrêt relative au Covid-19 », évalue Cyrille Simoes Da Silva, chef de groupe du gros œuvre, ce qui projette plutôt à septembre. D’ici là, les démolitions et reconstructions des noyaux seront terminées, les 2 600 m² de jardins et terrasses ainsi que les cours, prêts à accueillir leur végétation. Les étages devraient pouvoir recevoir leurs prochains intervenants. Quant aux premiers occupants, ils ne devraient pas découvrir leur nouvel espace de travail labellisé BBC Rénovation avant le premier trimestre 2021.

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