L’entrée de l’industrie chinoise dans le paysage européen

La traditionnelle conférence de presse de l’association des constructeurs chinois de matériels de construction (CCMA) et de leur chambre de commerce (CCCME) fait désormais partie des rendez-vous incontournables des grands salons internationaux. Après celle de Conexpo en 2017, puis de celle d’Intermat en 2018, celle organisée à la Bauma a représenté encore une fois l’occasion d’apprécier la fulgurante croissance que vit actuellement cette industrie.

Après avoir développé des gammes très étendues, s’être dotés d’outils de production performants, les industriels chinois ont, à présent l’intention de le faire savoir afin de développer leurs exportations. Lors de la Bauma, ils n’avaient donc pas lésiné pour se donner de la visibilité sur la plus grande place de marché mondiale du matériel de construction. À côté d’une dizaine de grands constructeurs dont les noms sont de mieux en mieux connus sur les chantiers internationaux, près d’une centaine de fabricants de composants avaient fait le déplacement. Certains d’entre eux connaissent bien le chemin de la Bavière. XCMG, par exemple, revient tous les trois ans à la Bauma depuis 1992. Ce groupe, principalement connu en Europe pour être, depuis 2012, l’actionnaire majoritaire du fabricant allemand Schwing Stetter, a développé une forte activité commerciale sous sa propre marque dans les pays émergeants. Il annonce, pour 2018, un chiffre d’affaires global de 100 milliards de yuans (13,3 Md€) et de 1,15 Md€ à l’exportations. Sany a également profité de son acquisition de Putzmeister en 2012 pour accélérer sa pénétration sur notre continent. Avec l’appui des équipes techniques et marketing de son siège européen situé à Bedburg (Allemagne), il a développé des gammes de pelles motorisées par Cummins et Deutz spécifiques aux besoins européens. Il compte déjà un réseau de 30 distributeurs.Pour LiuGong, qui a réalisé en 2018 un chiffre d’affaires de 18 Md de yuans (2,4 Md€), en augmentation de 51,48 %, l’Europe représente incontestablement une région d’avenir. Il y est implanté depuis une dizaine d’années et il a acquis le constructeur polonais de bulldozers Dressta en 2012. Il conduit donc désormais son développement européen depuis son siège de Varsovie et de son usine de Stalowa Wola. En plus de celle des bouteurs, ce site a démarré la production de 7 modèles de pelles et de chargeuses à pneus. Zoomlion, a également choisi d’investir dans des entreprises européennes pour se tisser un réseau de distribution et profiter de transferts de connaissances. Grâce au rachat de l’Italien Cifa en 2008, spécialisé dans le matériel de production bétonnier, il a pu développer des compétences qu’il fait fructifier depuis, auprès de reprises plus récentes en Europe : les fabricants allemands M-tec (2014) et Wilbert Towercranes (2018), respectivement spécialisés dans les matériaux de construction et les grues. Si Zoomlion n’a pas acquis de sociétés françaises, elle y est représentée : le Lombard Cifa dispose d’une filiale savoyarde à Chambéry où 13 personnes se chargent du service après-vente et conseillent dans l’achat de machines neuves. Sunward, pour sa part, connait bien l’Europe. Depuis 2004, année pendant laquelle il a vendu ses premières pelles en Norvège et en Suède, il a déjà placé près de 5 000 machines sur le Vieux Continent. Il est désormais aidé par sa filiale installée en 2014 à Beringen, en Belgique. Celle-ci dispose d’un dépôt de pièces détachées et d’un effectif de 25 personnes. En France, le constructeur a déjà monté un réseau de 5 concessionnaires. Bien qu’il ait développé, en Chine, une importante activité de fabrication de grues de fondation, son catalogue européen se limite à des pelles de 1 à 21 tonnes et à des skidsteers de 3,35 à 4,56 t. Sur son stand, il avait mis l’accent sur ses nouvelles pelles à rayon court, SWE 25UF, SWE 35UF, SWE 60UF et SWE 90UF de 2,65 à 8,2 t, sur les minipelles SWE 08B, SWE 20F et SWE25F de 1 à 2,64 t ainsi que sur ses chargeurs compacts SWL 2830 et SWL 3230. Ces machines sont équipées de moteurs Yanmar et Kubota conformes à Stage V.

Une longue démarche

Malgré leurs réelles avancées commerciales, les entreprises chinoises reconnaissent leurs difficultés à pénétrer un marché européen mature et extrêmement concurrentiel. Ceci implique la constitution d’équipes de marketing, des développements de machines spécifiques ainsi que l’intégration de composants locaux. Les sociétés chinoises optant de franchir aujourd’hui le pas doivent aussi s’armer de patience et identifier les bons partenaires. Ainsi, le constructeur de matériels de forage et de tunneliers CRCHI, ne perd pas espoir de trouver un partenaire en France. Il a déjà vendu une machine en Italie et quelques-unes en Turquie. Il se montre d’autant plus fier d’avoir mis en route à Moscou cinq tunneliers capables de travailler sous des températures descendant à -30°C que, soixante ans auparavant, des ingénieurs russes avaient aidé les Pékinois à construire leur métro. Plus proche de nous, dans le cadre du Grand-Paris Express, la plus grande entreprise de construction ferroviaire de l’empire du Milieu, Creg, s’est vu attribuer la fabrication de deux tunneliers pour construire la ligne 16 du Supermétro.L’entreprise publique Sinomach , pour sa part constate que les normes européennes d’émissions des moteurs, leur demanderaient de revoir intégralement la conception de leurs machines, et obligerait des investissements considérables. Après des partenariats noués avec des marques telles que Hyundai, Komatsu et Terex, le groupe pékinois admet que, dans le premier temps, sa perspective se trace dans des pays géographiquement plus proches de lui. Le Kazakhstan, le Kirghizistan et l’Ouzbékistan sont ses fers de lance à l’étranger. En attendant de conquérir l'Europe d’ici 5 à 10 ans avec ses machines de construction il se concentre sur le machinisme agricole. Sa filiale Yto Group qui a acquis un site de production de transmissions à St-Dizier (Haute-Marne), a démarré, en début d’année, la commercialisation d'une gamme de minipelles Scoop. Elle s’apprête également à lancer Mancel, une nouvelle marque de tracteurs fabriqués en France.

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