Vinci : son siège L’Archipel signé de grands V

Avant d'identifier le meilleur emplacement de son futur siège de Nanterre (92) et d'organiser ses équipes, Vinci s'est concentré sur les messages que le dessin, l’aménagement et les techniques retenues adressent au monde.

« Nous avions besoin d’un siège qui nous ressemble », explique Xavier Huilliard, le PDG de Vinci en faisant visiter le chantier du futur siège de son groupe : l’ensemble immobilier Archipel. En plus de sa vocation à rassembler sur un même site des services jusqu’à présent géographiquement éloignés, ce projet marque une étape dans l’histoire de ce géant de la construction et des concessions.

4 000 personnes à héberger

Il arrive vingt ans après sa création à la suite de la fusion de la Compagnie Générale des Eaux de GTM. Depuis cette période, l’entreprise n’a cessé de se transformer. En 2000, elle occupait 120 000 personnes et réalisait un chiffre d’affaires de 17 Md€. Sur son exercice de 2019, elle a encore progressé de 10 % par rapport à 2018 pour grimper à 48,1 M€ et son effectif atteint 222 000 salariés répartis dans près de 120 pays. « Comme nous avons beaucoup grandi, nos sites étaient disséminés. Il nous fallait un siège social nous permettant d’héberger 4 000 personnes », justifie le dirigeant. Il voulait aussi un édifice dont le dessin architectural et les solutions techniques, expriment les savoir-faire et les ambitions du groupe.

Le résultat est un ensemble de cinq bâtiments, dont un de 22 étages. Il loge 74 000 m2 de bureaux, 1 500 m2 de commerces et s’imbrique avec l’une des nouvelles gares du nouveau RER Eole. Le groupe Vinci en sera le propriétaire. Mais SNCF Réseau l’accompagne en tant que co-maître d’ouvrage du projet. Des locaux lui ont été réservés pour abriter ses personnels. L’emplacement du site a été choisi dans les Groues, un quartier de Nanterre en plein renouveau. Situé au-delà de la Grande Arche de la Défense, cette zone de 65 ha souffrait, jusqu’à une époque récente, de son enclavement au cœur de friches ferroviaires. La ville de Nanterre et l’établissement public Paris La Défense ont l’ambition de le transformer en un territoire bien desservi par les transports en commun et dans lequel cohabiteront des logements, des commerces, des bureaux et des espaces culturels.

Un manifeste d’urbanisme
L’Archipel associe 5 bâtiments et une gare.

L’Archipel associe 5 bâtiments et une gare.

À l’issue d’un concours international, le projet conçu par le cabinet Viguier Architecture en association avec Marc Mimram Architecture l’a emporté. « Nous étions confrontés à la difficulté d’assembler dans une situation très compliquée plusieurs bâtiments construits au-dessus d’une gare et de donner à lire dans leurs traits ce que Vinci voulait faire », explique l’architecte Jean-Paul Viguier. Il a voulu répondre à ces contraintes en apportant de la cohérence à des lieux extrêmement divers. Ainsi, plutôt que de se satisfaire de la solution classique de bâtir une gare au sous-sol, puis de la couvrir d’une dalle, et enfin de construire des immeubles au-dessus, il a préféré imaginer ce qu’il décrit comme : « un geste architectural unique ». Dans son approche d’urbaniste, il a également cherché à intégrer le nouvel ensemble dans le quartier en favorisant « des porosités avec la ville ». « Vinci construit ainsi la ville du futur : une cité non pas juxtaposée mais agrégée. Les fonctions et les bâtiments se trouvent imbriqués les uns dans les autres », explique-t-il. Les cinq futurs bâtiments seront dominés par un immeuble de 100 mètres de haut. Ils trouveront leur unité dans un socle transparent, dans deux rues semi-publiques et privées les reliant et dans un ensemble de jardins suspendus habillant les toits et les terrasses.

Des structures audacieuses

Le chantier démarré en janvier 2018 a prévu de s’achever en juillet 2021. L’investisseur principal étant le groupe Vinci, il n’a pas craint de demander à sa division Vinci Construction France de relever des défis techniques. La contrainte la plus importante provient sans doute de la gare RER construite en contrebas. Le bureau d’études structure du cabinet Marc Mimram associé dans la conception du projet a demandé à ses ingénieurs de trouver des solutions pour que les immeubles s’avancent de 18,5 m au-dessus des voies ferrées sur une longueur de 160 mètres. Ils ont imaginé des appuis en deux V inversés. En plus de concentrer les descentes de charge des bâtiments, ils parviennent à limiter leur emprise sur les quais et ainsi libérer l’espace dévolu aux voyageurs. Ces structures fines en béton armé ont été coulées sur place au-dessus de pieux ancrés profondément dans le sous-sol.

En plus de leur rôle de soutien de l’édifice, les appuis en V inversés participent à la signature graphique du bâtiment.

En plus de leur rôle de soutien de l’édifice, les appuis en V inversés participent à la signature graphique du bâtiment.

La gare en cours de construction a imposé un phasage inhabituel des opérations. Le terrassement de la plateforme ferroviaire s’est déroulé en même temps que la réalisation du génie civil du surplomb. Au-dessus de la voie, les appuis soutiennent des poutres métalliques de 40 tonnes fabriquées en Italie. Elles ont été placées grâce à une grue de 500 tonnes de capacité de charge durant un créneau de trois jours accordé par la SNCF. Au rez-de-chaussée, les V ont permis au groupe Vinci de relever le défi technique de prévoir du vide à la base de son édifice. Alors qu’en général, les bâtisseurs apprécient d’assoir les immeubles de grande hauteur sur des colonnes ou des murs porteurs largement dimensionnés, la tour de 22 étages de l’Archipel est parvenue à se ménager un espace accueillant un amphithéâtre de 300 places. Des poutres en acier de 50 t et de 20 m de portée reprennent les efforts. Pour que l’édifice ne pâtisse pas trop des nuisances engendrées toutes les deux minutes par les accélérations et les décélérations les trains de la ligne E, une centaine de boîtes à ressorts a été installée pour isoler les superstructures des vibrations.

Des poutres de 50 t ont permis de réserver un espace vide au-dessous de la tour de 20 étages pour y loger un amphithéâtre de 300 places.

Des poutres de 50 t ont permis de réserver un espace vide au-dessous de la tour de 20 étages pour y loger un amphithéâtre de 300 places.

Un immeuble laboratoire d’innovations

En sa qualité de client et de constructeur du bâtiment, le groupe Vinci n’a pas craint de tirer profit du chantier pour éprouver des techniques de construction innovantes. Le projet a ainsi été mené intégralement en BIM. La maquette numérique permet à tous les acteurs du projet de collaborer et continuera à être valorisée lors de l’exploitation du bâtiment. Un BOS (Building Operating System), un système d’exploitation propre, s’appuiera alors sur les données de construction pour permettre aux 4 000 futurs occupants d’améliorer l’édifice en fonction de leurs connaissances et de leurs usages. Le constructeur a aussi voulu répondre aux grandes préoccupations sociétales de notre époque. En plus de satisfaire des certifications environnementales contraignantes telles que HQE exceptionnel et BREEAM excellent, les bâtiments associent des solutions de bon sens aux technologies les plus innovantes. D’un côté, ils disposent d’une façade sud recouverte de vitrages électrochrome s’opacifiant automatiquement en fonction de l’ensoleillement, de l’autre, il autorise l’ouverture de toutes les fenêtres.  « Paris dispose d’un climat tempéré. Il n’est donc pas toujours nécessaire de tourner un bouton pour réguler la température », justifie l’architecte. En plus de garantir des réductions de consommation d’énergie, cela permet aux occupants de se sentir mieux.

Côté matériaux, le constructeur a éprouvé des solutions pour limiter les rejets de carbone. Les équipes de Vinci Construction France et d’Eurovia ont ainsi réalisé des essais de mise en œuvre de bétons pour éléments structurels fabriqués avec 50 % de granulats issus de la démolition d’ouvrages alors que les normes en vigueur limitent ce taux à 25 %. Ils ont également éprouvé sur 8 poteaux de soutien d’un des immeubles de 8 étages le remplacement du ciment par du laitier de haut fourneau. Ce procédé annonce une consommation de 90 kg de COpar m3 soit une économie de 64 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à un béton standard. L’emploi de ces matériaux ont imposé aux bureaux d’études de réaliser un important travail en amont pour qualifier leurs caractéristiques mécaniques mais aussi pour associer les sociétés de contrôle technique et les assurances afin de les autoriser dans la construction.

Bernard Serpantié

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