Bouygues TP : masqués et solidaires

Respecter une distance de plus d’un mètre entre chacun, se laver les mains régulièrement, porter un masque en soulevant des matériels et en conduisant des machines… Sur le chantier où les activités s'entrecroisent, ces gestes barrière semblent difficiles à ordonnancer. Pourtant, les compagnons de Bouygues Travaux publics ont adopté des consignes hors du commun à Paris et se voient même resserrer leurs liens interpersonnels.

Dans un lieu où la co-activité règne, tel un chantier, l'application de gestes barrière peut se révéler problématique. Malgré cela, « dans le TP, nous faisons partie des premières communautés professionnelles à avoir appris à retravailler ensemble », remarque d'emblée Raphaël Thévenin, directeur exploitation France chez Bouygues Travaux publics. Loin de vouloir souligner une quelconque supériorité alors que la crise sanitaire du Coronavirus frappe durement toute la profession, il pointe le sentiment de responsabilité et la volonté de bien faire de ses équipes. Certes, les machines de construction du Grand Paris Express ont brutalement stoppé leurs moteurs le 17 mars pour ne les rallumer que le 20 avril, mais chez Bouygues Travaux publics, présent sur la ligne 15 Sud du métro à l’ouest (opération T3A) et à l’est (opération T2A), le retour de l’activité concerne presque l’intégralité des effectifs. Autant dire que coordonner un tel ensemble requiert un fin dosage entre souplesse et rigueur. « La plupart cultivent un sentiment pionnier, de fierté, voire se pose en tant qu'éclaireur », rapporte Raphaël Thévenin. Il a fallu préparer le terrain, modifier l’agencement des cantonnements, préparer et diffuser l’information, organiser la mise à disposition des accessoires sanitaires tels que les masques, les gels hydroalcooliques ou encore les gants. Des affiches rappelant les consignes et permettant des autodiagnostics sont placardées. Autant de balises rassurant ceux qui les ont mises en place et ceux qui les ont découvertes.

Le directeur de l’exploitation France du groupe veille, de son côté, à la bonne marche de l’ensemble. De temps en temps en travail à domicile, il partage surtout son quotidien entre le siège yvelinois de Guyancourt et les chantiers. « Nous avons défini une feuille de route de sorte que le suivi s’articule au plus près des techniciens. Il nous faut également renforcer les échanges avec la maîtrise d'ouvrage qui, tenue à distance, peut se montrer anxieuse », explique-t-il. Ainsi, Bouygues Travaux publics a désigné un « référent Covid », comme le recommande l’OPPBTP dans son guide régulièrement actualisé depuis sa première version du 10 avril. Celui-ci échange plusieurs fois par semaine avec le coordonnateur sécurité et protection de la santé (CSPS) missionné par la Société du Grand Paris. « Je suis en lien avec deux coordinateurs pour la ligne 15 Sud. Ensuite, un membre du personnel est devenu référent pour sa zone de chantier après avoir été formé en interne », ajoute Raphaël Thévenin.

Vérifier sa température

Le groupe a préféré ajouter des strates aux mesures sanitaires recommandées par l’OPPBTP préconisant la désignation d’un seul référent par chantier. Il reconnaît s’être inspiré de l’expérience de certaines de ses filiales en Asie ayant vécu la crise du Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003. « Nous avons décidé du port du masque chirurgical pour tous et en continu ainsi que de la prise de température journalière », mentionne-t-il. Les compagnons sont naturellement très mobiles au cours de leur journée. Définir un parcours d’évolution, des sens de circulation et supprimer les croisements peuvent se révéler des solutions inextricables sur un chantier. Le masque permet, lorsque la distanciation physique est impossible, de protéger les personnes environnantes.

Raphaël Thévenin est directeur de l'exploitation Bouygues TP France.

"Appuyés sur l'expérience de nos filiales asiatiques, nous assumons des mesures barrière supplémentaires à celles de l'OPPBTP", indique Raphaël Thévenin, directeur de l'exploitation de Bouygues TP France.

Depuis la mise en place de ces pratiques, le recours aux entreprises de nettoyage s’est inévitablement accru. « Les interrupteurs, clenches de portes et fenêtres, rampes d’escalier et surfaces de bureaux sont désinfectés toutes les quatre heures en plus de toutes les parties des bases vie susceptibles d'être touchées, telles les vestiaires, les douches, les sanitaires et les réfectoires, dont la capacité d'accueil a été divisée par trois, développe Raphaël Thévenin. Et ce, sans modifier les effectifs en place. Notre principe n’a pas été de limiter le nombre de personnes mais d’étendre les plages horaires d’utilisation des cantonnements. » Si les temps de travail, eux, n’ont pas changé, la réduction de fréquence des transports en commun a gêné plus d’un collaborateur. Le 15 mai, la difficulté majeure ressentie par le directeur exploitation était toujours les arrivées et départs de ses équipes : « La plupart rejoignent et quittent le chantier grâce aux trains et métros franciliens. Depuis le 20 avril, leur organisation a pu s’avérer épique. »

Surcoûts encore inconnus
À Sèvres (Hauts-de-Seine), la logistique du tunnelier Laurence se prépare à la reprise depuis le 4 mai. Son creusement a redémarré la semaine suivante.

À Sèvres (Hauts-de-Seine), la logistique du tunnelier Laurence se prépare à la reprise depuis le 4 mai. Son creusement a redémarré la semaine suivante.

L’imprégnation de ces mesures est chronophage, elle implique, comme tout changement de comportement professionnel, beaucoup de pédagogie, d’anticipation, d’accompagnement et de répétition des consignes. Raphaël Thévenin l’admet franchement. Mais la prudence et la rigueur ne doivent pas se relâcher, même si l'impact sur les délais et les coûts de fabrication est inéluctable. Les chantiers franciliens où les équipes de Bouygues Travaux publics ont repris sont suffisamment étendus pour que la distanciation physique soit prise en compte. Le travail en tunnelier ne fait pas exception : les techniciens qui y sont dédiés sont généralement peu nombreux, les pilotes, les chefs de poste, les conducteurs d'érecteur ou encore les opérateurs tapis ont de l'espace, bien qu'ils évoluent en souterrain.

Quoi qu'il en soit, Bouygues Travaux publics (et a fortiori Bouygues Construction), n’a pas attendu la survenue de ce virus pour se plier à des mesures de sécurité drastiques. Tous les techniciens exerçant dans le BTP sont habitués à composer en fonction du risque permanent. Le plus pernicieux, pour Raphaël Thévenin, serait de ne rester concentré que sur la maladie. « Il nous faut veiller à ce que les compagnons n’en oublient pas les autres dangers. Le Coronavirus a tendance à focaliser toute l’attention sur lui. Or, les autres risques n'ont pas disparu. »

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