Bastia : promenade à flanc de falaise

La commune de Bastia s’est lancée dans un projet étonnant : construire à flanc de falaise une passerelle de 450 m de long baptisée Aldilonda, qui longe le socle rocheux de l’ancienne citadelle classée monument historique. Visite de ce chantier situé dans un cadre spectaculaire, à quelques mètres au-dessus de la mer.

Le chef-lieu de Haute-Corse fait parler de lui. Il s’est lancé dans un chantier complexe, technique et hors normes du fait de son emplacement. Commencé en 2019, ce projet qui peut sembler fou par son audace se révèle aussi beau qu’ambitieux. S’inscrivant dans la réalisation d’une voie douce dans ce grand port de l’Île de Beauté, il consiste à construire l’Aldilonda, une passerelle de promenade de 450 m à flanc de falaise et à seulement 5 m au-dessus de la mer. Ce lien entre le nord et le sud de la ville, entre le quai du vieux port et la route du front de mer, permettra aux piétons, cyclistes et personnes à mobilité réduite de se déplacer. Son enjeu architectural est de valoriser le patrimoine de la ville et de la reconnecter à sa façade maritime.

L'emplacement du site en bordure de mer a imposé des travaux en situations difficiles assurés par des cordistes.

L'emplacement du site en bordure de mer a imposé beaucoup de travaux en situations difficiles assurés par des cordistes. Jonathan Mari/Alpaca/Andia.fr

Un voyage au-dessus des flots

« Compte tenu du nombre important de déplacements internes, la ville dispose d’un cadre favorable au développement du vélo. Selon une enquête menée par la région, 70 % des déplacements sont inférieurs à 5 km et durent moins de 25 minutes à vélo. Aussi, ces dernières années, la ville de Bastia s’est-elle engagée dans une audacieuse politique cyclable. En 2018, la municipalité s’est dotée d’un schéma directeur des liaisons douces afin de disposer d’un outil de planification et d’organisation de la mobilité. L’Aldilonda s’inscrit dans ce cadre. Ce véritable balcon sur la mer au droit des remparts offrira une promenade exceptionnelle au cœur de la ville », explique Jérôme Terrier, directeur général des services de la ville de Bastia. « Et pour la petite histoire, cette opération baptisée “l’Aldilonda” signifie littéralement “au-dessus des flots”. Elle surplombera la citadelle de Bastia », ajoute le directeur général des services en charge des travaux.

La maîtrise d’œuvre de ces travaux a été confiée à l'agence d'architectes Dietmar Feichtinger, connue pour sa participation à des projets remarquables comme la passerelle Simone-de-Beauvoir à Paris ou celle du Mont-Saint-Michel dans la Manche, ainsi qu'à l’agence Buzzo Spinelli.

Des ouvrages très techniques

L’Aldilonda est composée de plusieurs séquences accueillant différents ouvrages assez techniques. Elle démarre par une rampe sud, suivie d'une galerie de 25 m de long, d'une promenade littorale, et se termine avec la rampe d’accès au nord« La rampe sud permet de relier le Spassimare, un autre axe de circulation douce, à la galerie traversant en souterrain le bastion. Elle annonce la suite de la promenade pour les usagers provenant du sud. Son revêtement de sol est identique à celui du reste du cheminement. Il est constitué de béton squamé avec des incrustations d’éclats de roche du site. La galerie est composée d’un volume parallélépipédique constituant le passage. Il est éclairé par un puits de lumière et donne accès à un escalier en béton. Toutes les parois sont revêtues verticalement d’une finition en béton brut coffré de planches de bois disposées horizontalement. Un escalier donne accès au parvis autour du bastion », complète le directeur général des services de la ville de Bastia.

Chacune des consoles a nécessité d’installer cinq à six tirants d’ancrage.

Chacune des consoles a nécessité d’installer cinq à six tirants d’ancrage. Jonathan Mari /Alpaca/Andia.fr

La rampe nord prend place sur la jetée du Dragon. Elle est constituée d’une plateforme d’élargissement de la digue existante, fonctionnant en radier, et d’une rampe agissant comme contrepoids. La dalle est préfabriquée par morceaux transportables et la rampe est coulée en place. Les ancrages prennent place dans ces épaisseurs de béton coulé in situ. La première phase de travaux concernait des opérations de déroctage sur un volume de près de 1 200 m3. Certaines zones difficiles d’accès ont été traitées par microminages associés à l’utilisation d’un éclateur hydraulique, avec une finition au marteau-piqueur. Quant aux zones accessibles, elles ont été travaillées par des engins de terrassement, la plupart du temps grutés sur le site.

23 consoles ancrées dans le rocher

La partie la plus spectaculaire reste la réalisation de la promenade littorale menée par NGE Fondations« Le béton a été retenu pour la structure de l’ouvrage en raison de ses très grandes solidité et robustesse ainsi que pour sa bonne durabilité en milieu marin. Nous utilisons des techniques classiques de mise en œuvre du béton armé et précontraint », commente Jérôme Terrier. La structure se présente sous la forme de deux systèmes de passage sur la mer et sur roche. Pour le premier, la promenade littorale en balcon est soutenue par 23 consoles préfabriquées ancrées dans le massif rocheux par le biais de cinq à six tirants. Le principe est de les précontraindre puis de les prémunir de la corrosion par une double protection. Une fois l’ouvrage fini, les têtes d’ancrages sont inaccessibles. Ces consoles présentent des longueurs et des hauteurs variables en fonction des inflexions du littoral. Elles supportent les extrémités des 18 éléments de tablier composant la structure primaire de l’ouvrage. Ceux-ci sont constitués de caissons préfabriqués en béton, d’une largeur de 2,40 m, et ont été placés par un engin de levage positionné en haut de la citadelle.

Le restant de la surface de la promenade est constitué d’un caillebotis s’intercalant entre les caissons préfabriqués et le massif rocheux. Pour le passage sur rocher, les supports posés sur le substrat affleurant sont coulés sur place. Leurs emplacements tiennent compte des changements de rayon de courbure du tracé général et de la longueur des tabliers qui doivent rester transportables. Ces derniers peuvent dépasser en porte-à-faux sur un mètre.

Une foreuse Comacchio MC 3 a assuré le forage des ancrages.

Une foreuse Comacchio MC 3 a assuré le forage des ancrages. Jonathan Mari / Alpaca / Andia.fr

De l’argile et du vide sous la citadelle

Sur place, les équipes se sont heurtées à plusieurs difficultés. « La géotechnique s’est avérée compliquée, avec une roche altérée par endroits. Nous avons rencontré des plans de failles et des veines argileuses qui nous ont contraints à utiliser des barres d’ancrages de 24 m de long pour soutenir les consoles », observe Jean-Philippe Spinelli. Des cavités ont également été découvertes dans certaines zones. « Nous nous sommes aperçus que la roche sous la citadelle n'était pas homogène. Il a donc fallu purger les parties terreuses et les combler. Nous avons, par exemple, décelé une poche de vide de 100 m³ sous les remparts que nous avons bien entendu sécurisée. Ce projet est aussi l'occasion de les restaurer. Ils n'ont pas été regardés depuis longtemps et sont parfois en assez mauvais état », précise-t-il.

À l’épreuve des vagues

Durant la phase d’étude, des essais 2D et 3D en bassin ont été réalisés avec le bureau d’études Océanide à La Seyne-sur-Mer afin de dimensionner l’ouvrage face à la mer. Il est dimensionné pour fonctionner normalement dans des conditions de houle cinquantennale. Toutefois, le coefficient 1,5 de sécurité pris en compte pour son dimensionnement lui assure une résistance à un événement centennal. Les différents résultats des deux campagnes ont permis de localiser les zones de concentration des vagues provoquées par la bathymétrie du site. Cela a permis d’intégrer le plus pertinemment possible les consoles et a suggéré la mise en place de caillebotis évacuant le flux côté rocher.

Aude Moutarlier

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